Auteur/autrice : Nolwenn Leroux

  • Déménagement coup de force

    Déménagement coup de force

    « Chéri(e), je suis parti(e) avec les enfants sous le bras. »
    Déménager en coup de force n’est pas une bonne idée

    Lorsqu’un couple se sépare, surtout s’il n’était pas marié, la question des enfants est centrale, voire la seule qui se pose. Il arrive alors qu’elle cristallise toute la relation et ses rancœurs. Mais le juge reste concentré uniquement sur l’intérêt du ou des enfants. Un déménagement impromptu, hors procédure et qui chamboule l’organisation de vie peut vous être extrêmement dommageable.

    Évidemment, chacun peut être amené à déménager et à partir vivre à l’autre bout de la France, ou même encore plus loin. Plusieurs motifs de départs existent, mais ceux qui sont pour convenances personnelles, dans le cas d’une séparation avec des enfants au milieu, ne sont jamais très bien vus des juges qui associent cette démarche à une volonté de les éloigner de l’autre parent. Que dit la loi ?

    « Tout changement de résidence de l’un des parents, dès lors qu’il modifie les modalités d’exercice de l’autorité parentale, doit faire l’objet d’une information préalable et en temps utile de l’autre parent. En cas de désaccord, le parent le plus diligent saisit le juge aux affaires familiales qui statue selon ce qu’exige l’intérêt de l’enfant. Le juge répartit les frais de déplacement et ajuste en conséquence le montant de la contribution à l’entretien et à l’éducation de l’enfant. » Article 373-2 du Code civil

    On ne déménage donc pas comme bon nous semble. Il convient de respecter une procédure, à défaut de respecter le père ou la mère de ses enfants… Il n’est pas interdit pour un parent d’aller vivre loin de l’autre. La loi ne parle pas de distance maximale autorisée par exemple. En revanche, un changement dans l’organisation aura immédiatement des incidences sur les droits de visite et d’hébergement ainsi que sur la pension puisque les frais de déplacement seront à prendre en considération. On comprend dès lors pourquoi il convient de suivre la procédure.

    Les risques du coup de force

    Il n’est pourtant pas rare de voir des parents partir loin emmener les enfants avec eux, les enlevant à leur lieu de vie habituel, sans véritablement prévenir l’autre ni saisir le juge aux affaires familiales. La jurisprudence montre que les juges sont très sévères face à ce type d’agissement. Ainsi, lorsque Madame V. a déscolarisé ses enfants pour les emmener vivre avec elle à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de vie, la juge l’a immédiatement sanctionnée en ordonnant un retour chez leur père chez qui elle a fixé la résidence des enfants.

    Pour faire les choses dans les règles, il convient de prévenir l’autre parent et saisir le juge qui étudiera les différents « projets de vie » dans l’intérêt de l’enfant : vaut-il mieux le(s) maintenir dans son(leurs) lieux de vie pour préserver une stabilité ou au contraire le(s) laisser avec le parent qui déménage ? Faire les choses dans les règles permet non seulement d’éviter de se mettre le juge à dos, mais bien souvent de trouver la solution la plus pérenne et apaisée.

  • Circulaire kafala : faisons le point

    Circulaire kafala : faisons le point

    Elle date du 22 octobre 2014, la circulaire relative aux effets juridiques du recueil légal en France, c’est à dire de la kafala. Nous avons déjà parlé, sur ce blog, de cette mesure pratiquée dans les pays musulmans où l’adoption est prohibée, mais la récente circulaire nous invite à refaire le point sur le sujet.

    La kafala est une mesure permettant de confier un enfant mineur à une personne ou à un couple (dont au moins un des conjoints est musulman) afin qu’il s’occupe bénévolement de son éducation, de son entretien et de sa protection. Dans les pays musulmans prohibant l’adoption, la kafala est le seul moyen légal de recueillir un enfant qui n’est pas le sien. Quels en sont les effets juridiques en France ? C’est ce que la circulaire explicite.

    Tout d’abord, la décision de kafala est reconnue de plein droit en France s’il s’agit d’un acte judiciaire ou d’un acte homologué par un juge, contrairement une kafala seulement notariale en Algérie, ou adoulaire au Maroc. La France a passé des conventions avec l’Algérie et le Maroc simplifiant l’accord d’exequatur d’une kafala. En dehors de toute convention internationale, le juge français doit d’abord s’assurer de la compétence indirecte du juge étranger, fondée sur le rattachement du litige au juge saisi, la conformité à l’ordre public international de fond et de procédure et l’absence de fraude.

    Le recueil légal, concrètement

    Le recueil légal ne crée pas de lien de filiation, mais constitue toutefois une protection particulière de l’enfant. Le droit français reconnaît deux situations possibles : dans le cas où l’enfant est abandonné ou orphelin, le recueil légal est assimilé à une tutelle ; en revanche, si l’enfant a une filiation établie et des parents vivants, le recueil légal produira des effets semblables à ceux d’une délégation d’autorité parentale totale ou partielle.
    En cas de séparation des parents recueillant, le JAF est compétent pour statuer sur la résidence de l’enfant conformément au droit français, dès lors que l’enfant vit effectivement en France.

    La question de l’adoption

    Le pré-requis nécessaire à toute démarche d’adoption est que l’enfant ait acquis la nationalité française. En effet, tant que l’enfant est de la nationalité d’un pays qui prohibe l’adoption, il est impossible de l’adopter.
    Maintenant, si l’enfant est devenu Français, la loi dissocie le cas d’un enfant sans aucune filiation et celui d’un enfant ayant des parents reconnus et vivants, car dans tous les cas, un consentement doit être accordé à cette adoption. Ainsi, les parents devront donner leur consentement à l’adoption de leur enfant mineur. En revanche, à sa majorité, une adoption simple pourra être envisagée sans leur consentement.
    Lorsque l’enfant n’a plus aucune filiation, c’est le conseil de famille constitué en France qui devra donner son consentement. Ce conseil est composé du juge et d’au moins quatre personnes qui manifestent un intérêt pour l’enfant. Dans certains cas, il pourra y avoir la désignation d’un administrateur ad hoc.
    Rappelons, à toutes fins utiles, que le recueil légal est une mesure temporaire et révocable, alors que si l’adoption simple peut être révoquée sous certaines conditions, l’adoption plénière est, elle, irrévocable. Dans tous les cas, c’est l’intérêt de l’enfant qui motivera les décisions des juges marocains, algériens ou français.

  • Voeux 2015

    Voeux 2015

    Nolwenn LEROUX et ses collaboratrices
    Julie HOARAU et Stéphanie LE BRETON
    Vous souhaitent une très belle année 2015

  • Divorce : comment votre page Facebook peut se retourner contre vous

    Divorce : comment votre page Facebook peut se retourner contre vous

    Quelques conseils d’utilisation du réseau social

    Nous parlions dans une chronique précédente des preuves électroniques dans les divorces pour faute. Elles peuvent être recevables à la condition de n’avoir pas été obtenues ni par la violence ni par la fraude (art. 259-1 du Code civil). On ne peut donc pas voler le téléphone de son conjoint ni ses codes d’accès pour consulter ses conversations privées. Qu’en est-il de ce que l’on publie sur Facebook ?

    Le 13 novembre dernier, la cour d’appel de Versailles a accepté de verser à un dossier de divorce, une pièce relative aux conversations de l’épouse sur le réseau social. Pourquoi ? Tout simplement parce que la cour a considéré que les données publiées n’avaient aucun caractère privé puisque la propriétaire du compte n’avait pas restreint leur accès. Cela revient à avoir un journal intime dont on n’utilise pas le cadenas et que l’on laisse ouvert sur la table du salon. Car Facebook laisse chaque utilisateur maître du degré de confidentialité de ses données et de ses publications. Certainement faute d’y avoir pensé ou de s’être intéressée aux arcanes du réseau social, l’épouse n’a-t-elle jamais configuré son compte. Sans être « geek » ou expert informatique, il semble important de connaître quelques règles de confidentialité sur Facebook, pour éviter de se faire piéger par ses propres publications le moment venu.

    Confidentialité

    Le sujet de la confidentialité étant central pour les utilisateurs de Facebook, le réseau social a installé en haut à droite de votre page une icône représentant un petit cadenas qui permet d’accéder facilement à tous les paramètres de confidentialité. Car tout sur Facebook peut faire l’objet d’une restriction spécifique : vos informations personnelles, vos photos, vos liens d’amitiés, vos publications,…

    A lire aussi : Infidélité virtuelle : faute réelle ?

    Tout d’abord, sachez qu’il est parfaitement possible de décider que seuls vos « amis », ou même un nombre limité d’entre eux, peuvent accéder à vos publications et à toutes celles dans lesquelles vous êtes identifié. Il est même possible d’examiner préalablement une publication faite par un de vos amis et dans laquelle vous êtes cité avant qu’elle ne soit publiée.

    La création de listes d’amis permet de choisir avec précision la portée de chacun de vos post. Cela peut être intéressant par exemple pour dissocier son cercle professionnel de son cercle amical. Vous définissez par défaut une audience – tout public, amis, vip, etc. – mais en fonction de ce vous publiez, vous pouvez décider de changer la liste des personnes autorisées. Le paramètre « Public » signifie que tout le monde, y compris des personnes n’utilisant pas le réseau social peut lire votre publication. Attention donc à restreindre l’audience de votre publication qui indique que vous êtes manifestement sur une plage en train de déguster un plateau de fruits de mer en bonne compagnie, alors que vous aviez parlé d’un week-end de séminaire en Bourgogne !…

    Pour en savoir plus sur le sujet, Facebook vous propose un article complet sur les règles d’or de la confidentialité.

  • Divorce international : quel tribunal et quelle loi ?

    Divorce international : quel tribunal et quelle loi ?

    Vous avez épousé un(e) étranger(e). Vous êtes tous les deux de nationalité française mais vivez à l’étranger.

    Ou, à l’inverse, vous êtes étrangers mais résidez en France. Voici quelques réponses aux questions qui reviennent souvent.

    Deux français se sont mariés à l’étranger mais divorcent en France. Ont-ils des démarches particulières à effectuer ?

    S’ils se sont mariés devant les autorités consulaires françaises à l’étranger, ils n’ont aucune démarche particulière à effectuer. En revanche, s’ils se sont mariés devant l’officier d’état civil local, ils ont dû, au moment de leur union, faire le nécessaire auprès des autorités françaises pour que leur acte de mariage soit retranscrit sur les registres de l’état civil français. Pour la procédure de divorce, il leur suffit simplement de demander au service central la copie de leur acte de mariage. Cette démarche s’effectue en ligne sur le site www.diplomatie.gouv.fr, rubrique « Vivre à l’étranger », puis « Délivrance d’une copie ou d’un extrait d’acte d’état civil ». Après le divorce, il faudra transmettre au service central le jugement de divorce. Aucune démarche n’est à faire auprès du pays dans lequel ils se sont mariés.

    Et s’ils vivent encore à l’étranger ? Divorcent-ils selon la loi française ?

    Vivant à l’étranger, ils peuvent décider de divorcer sur place sachant que dans la très grande majorité des cas, le divorce prononcé par les autorités locales sera automatiquement reconnu en France. Les difficultés interviennent quand les règles étrangères sont contraires au droit français comme dans le cas des répudiations par exemple, qui ne sont pas reconnues en France.

    Mais ce couple peut souhaiter divorcer en France, bien que vivant à l’étranger. Dans ce cas, deux questions distinctes se posent : les juridictions françaises sont-elles compétentes et, si oui, quelle(s) loi(s) vont s’appliquer ? Car en droit international, rien ne se règle dans son ensemble : il faut « saucissonner » le divorce en différents points. Le prononcé du divorce, les modalités relatives aux enfants, les questions financières,… sont autant de sujets qui sont traités séparément.

    En France, ce sont la plupart du temps des règlements européens (ou des conventions internationales) qui règlent ces questions et permettent de savoir quelle  loi  s’applique selon le sujet.

    Si les deux époux sont de nationalité française, le juge français sera, selon toute vraisemblance, compétent. Mais cela ne signifie pas qu’il appliquera automatiquement la loi française. Dans un divorce contentieux, l’application de telle ou telle loidevient un véritable enjeu car selon les pays, la loi peut permettre d’obtenir plus, notamment sur le plan financier…

    Et dans le cas d’un couple mixte dont chacun des membres vit dans son pays d’origine ?

    Ils ont le choix. Ils ont la possibilité de divorcer dans différents pays et selon différentes règles. C’est à eux de choisir. Si les époux ne s’entendent déjà pas sur le lieu et la loi selon laquelle ils souhaitent divorcer, c’est la première requête déposée qui prévaut. D’où l’importance de demander au greffe de dater et d’indiquer l’heure du dépôt de la requête. Et de bien se faire conseiller par un avocat.