Catégorie : Édito juridico-ludique

  • La dernière séance

    La dernière séance

    Ça doit être la période qui veut ça… en tout cas l’autre jour on a fait le repas de Noël dans ma boîte. En fait, cette année c’était particulier puisqu’on a fêté ça avec nos voisins de pallier, le cabinet Cresus & Poors. À la base, c’était plutôt une bonne idée, mais au final, c’était une excellente idée. Les avocats sont bien plus marrants que ce qu’on imagine (le plus souvent à leurs dépens).

    On a fait ça dans une de leurs salles de réunion, la « Versailles » je crois. Enfin, celle qui est en face de « Napoléon ». Mais vous n’êtes peut-être jamais allé chez Cresus & Poors… Bref, on était chargé du Champagne et eux du saumon. C’est vrai que ça se marie bien, Champagne et Saumon. Mais comme les avocats étaient en retard et qu’ils ont envoyé leur stagiaire acheter le saumon après la deuxième bouteille, on a testé le mariage Champagne-Champagne. Ça fonctionne pas mal aussi.
    La soirée battait son plein : Jocelyne avait déjà enlevé son deuxième sous-pull, Bernard racontait sa blague sur les architectes d’intérieur à maître Cresus et j’entretenais en tout bien tout honneur la nouvelle assistante de maître Audanlongue. Il y avait une ambiance E-LEC-TRI-QUE, quand soudain, ce fut l’heure des cadeaux. J’étais plutôt fier de moi : j’avais trouvé un mug Zahia, qui chauffe quand on l’insère dans le port usb de son pc. J’étais certain de faire plaisir à Jean-Louis. Il se plaint toujours que son café est froid.

    Et c’est là que ça commence à être marrant… Les avocats aussi avaient pioché un nom pour faire de cadeaux « pas trop cher et rigolo » à leurs collègues. Pas cher, ça reste à voir, mais rigolo ! Je vous laisse juge. Maître Corbot, sur sa chaise perché, tendit un présent emballé, à Maître Reunart dont la curiosité faisait osciller le regard : « Cher ami, cette année j’ai souhaité vous gâter, voici séant et sur plateau, le dossier Klarström. »
    Et l’autre d’ouvrir un large bec, de rapporter son ramage et de se pâmer : « vous ne pouviez me faire plus plaisir. Joyeux honoraires à vous aussi ! ».
    Avouez que c’est incroyable, non ? Depuis ce jour, je m’amuse à faire de petites BD sur ce que j’observe, discret contemplatif, chez mes drôles de voisins. Je commence à en avoir une bonne collection. Que diriez-vous qu’après la fin du monde, je vous les livre régulièrement sur ces pages ?
    Bonnes fêtes à tous et à très vite, donc, pour de nouvelles aventures illustrées…

  • Mariage pour tous : tu t’es vu quand t’as dit oui ?

    Mariage pour tous : tu t’es vu quand t’as dit oui ?

    Oh la boulette ! Pourtant, on en a fait des soirées chez Riton, au Coup dans l’Nez, place des Vendanges. Mais celle-là !… Elle restera marquée d’une bière blanche. Jeudi dernier, comme tous les jeudis, on se retrouve pour l’Apéro du JeudiTM, avec toute la clique. Et bien sûr, on refait le monde. On n’est peut-être pas des philosophes, mais on n’en pense pas moins ! Le sujet du moment, c’était le mariage pour tous. Super sujet ! Gai, consensuel, moderne et qui parle à l’enfant qui est en nous, rêvant encore parfois de princesses et de princes charmants, de lutins et de fées, d’éléphants volants et de marionnettes en bois. Et aussi, de nains gentils et travailleurs. N’ont-ils pas également droit au bonheur ? Ne peuvent-ils pas s’engager dans une vie d’amour marital avec l’élue de leurs petits cœurs ?

    Ne me demandez pas comment – le rhum facilité de Riton n’ayant rien arrangé (ou l’inverse) – toujours est-il que, dès 21h25, nous étions bien décidés à autoriser le mariage de Blanche-Neige et ses 7 nains, mais aussi celui de Bambi et Panpan, de Clochette et Crochet (amusez-vous à le répéter 10 fois de suite, vous allez voir, c’est balaise !), et bien sûr de Cendrillon et sa citrouille ! Bref, nous n’étions plus tout à fait en état de conduire mais nous voguions vers une envolée lyrique et romantique.

    C’est vers 21H33 que tout a dérapé. Le Maire Noël, qui ne rate jamais un Apéro du JeudiTM, s’est écrié : « Je serai le 1er maire de France à célébrer un mariage pour tous ! Foi d’un petit bonhomme ! »

    A 22h12, nous étions tous unis par les liens sacrés du mariage. Josette avec le chien, Franckie avec la tireuse à bière, Julien avec Rosa (elle en rêvait depuis tellement longtemps !), Max avec sa bagnole,…

    Quant à moi, je ne suis pas le plus à plaindre : j’ai dit oui à Monsieur le Maire. J’espère obtenir mon permis de construire rapidement. Ma femme y tient beaucoup !

    Le lendemain, on a compris ce que signifiait l’expression « mariage pour tous », et on s’est dit que le législateur manquait d’imagination : notre idée était tellement plus belle ! Mais la société n’est peut-être pas encore prête…

    NDLR: L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

  • Dolce & Justicia

    Dolce & Justicia

    Il est des dates qui changent la vie d’un homme. Pour moi, il y a un avant et un après 27 septembre 2012. Pour moi qui ne me suis jamais demandé si ma cravate à pois était accordée à mes chaussettes rayées, recevoir dans ma boîte aux lettres cette invitation pour le défilé Dolce & Justicia en pleine Fashion Week, c’était pour le moins inattendu. Mais j’y ai tout de suite vu l’occasion de parfaire ma culture mode.

    C’était EX-TRA-OR-DI-NAI-RE ! L’ambiance, la musique, les petits fours… Génial ! Juste « Waouh ».

    Sur le podium, les robes étaient longues, noires, aux différences subtiles. N’y connaissant rien, je me suis laissé bercer par les doux commentaires de mes voisins : « Vise un peu l’épitoge… Ce rabat blanc à paillettes est ridicule ! … Un peu has been, les gants blancs… So 2011… C’est le grand retour de la toque ! »

    Honnêtement, j’ai pas tout compris. C’est un monde bien plus complexe que ce que j’imaginais, la mode. Ils ont leurs codes – épais, couverture rouge -, leur vocabulaire : est-ce que je sais ce qu’est un Lucrum cessans ? Un tissu oriental, sans doute…
    J’ai passé un très bon moment, et j’espère être réinvité l’année prochaine. Même si c’est peu probable : je viens de réaliser que le carton était au nom de Delphine Mergier, ma voisine de pallier. Elle est avocate. Mais très sympa.
  • Un long dimanche de plaidoirie

    Un long dimanche de plaidoirie

    C’est pas pour parler de la pluie et du beau temps, mais avouez que dimanche dernier, c’était le temps idéal pour aller se faire une toile !

    Dans l’interminable file qui me séparait du guichet, j’eus tout le temps de prêter attention à la conversation de mes voisins. Quand je dis « conversation », je devrais plutôt dire débat… Ou monologue enflammé… Non ! C’était une plaidoirie, et ce type devait être avocat, ou je ne m’y connais pas !

    Je vous plante rapidement le décor : d’emblée, ils ne veulent pas voir le même film. Avec ma femme, on a établi une règle simple : chacun choisit le film à son tour. Et comme ma femme n’a aucune mémoire, c’est souvent mon tour ! Mais ne lui répétez pas…

    Bref, ils ne sont pas d’accord et c’est là que Monsieur se lâche !

    « Attendu que le genre cinématographique représente à la fois un divertissement et une opportunité de s’ouvrir l’esprit a des étendues intellectuelles inexplorées, choisir un film représente, pour le commun des mortels, un acte symbolique d’expression des libertés individuelles fondamentales et inaliénables. C’est pourquoi, dois-je te le rappeler Pupuce, nous ne saurions opter pour un film sur le seul critère d’une bande-annonce racoleuse. J’en veux pour preuve les dispositions de l’article de Télérama n°2357, page 34, paragraphe 3, je cite : « C’est ubuesque ! ».

    Attendu enfin que Bernard, dont nous reconnaissons la compétence dans cette affaire, avait admis que ce film est complètement nul et non avenu, il ne fait plus aucun doute, mesdames et messieurs les jurés, que ce n’est pas ce seul film qui doit retenir notre attention.

    Mais pourquoi, me demanderez-vous, jeter notre dévolu sur ce film d’auteur moldave ? Non ce n’est pas un choix par défaut ! Et je vais vous en apporter la preuve… ».

    C’en était trop pour moi ! Par chance, ma séance débutait. Et en ressortant, figurez-vous, que la plaidoirie n’était pas encore tout à fait finie ! Cette femme a bien du courage, me suis-je dit. A sa place, il y a bien longtemps que la mienne serait allée sur Internet taper « avocat divorce paris procédure rapide ». C’est terrible la déformation professionnelle qui vient empoisonner la vie de tous les jours. Par chance, je suis gynécologue.

  • La caste des avocats

    La caste des avocats

    Je vous ai déjà parlé de ma fille ? L’avocate surdouée ? En même temps, je n’en ai qu’une… Cette graine de génie, comme on l’appelle dans la famille, a toujours tout réussi depuis son premier puzzle jusqu’à ses études brillantes et solitaires : elle est sortie major, ou presque, de l’école du Barreau. Elle connaît sur le bout des doigts le code civil, le code pénal, le code de procédure civile, le code du domaine public fluvial et de la navigation intérieure et le code de la route.

    Pas étonnant que le prestigieux cabinet international Watson, Watson & Brothers lui ait mis le grappin dessus !

    Pourtant, dès son premier jour, Watson (l’autre) l’a mise en garde : « Votre période d’essai ne saurait être validée si vous ne maîtrisez pas le code comportemental. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il prime indiscutablement sur tous les autres, n’est-ce pas ? ». Elle était effectivement sans le savoir, mais n’en a pas pipé mot…

    750 pages et 2 413 articles plus tard, elle n’était plus tout à fait la même, expliquant, à qui voulait l’entendre, qu’un cabinet d’avocat n’était pas une entreprise comme les autres : les associés ne parlent pas aux simples collaborateurs, les collaborateurs n’adressent pas la parole aux non-juristes, et les assistant(e)s baissent les yeux devant les membres des autres castes.

    Autant dire que pour moi, cela complique un peu les choses : en tant que client, à qui ai-je le droit de m’adresser ?

  • Les vacances !

    Les vacances !

    Cet été, c’est décidé, j’emmène ma femme au camping des flots bleus, elle est fan de Laurent Voulzy. On va se la couler douce, moi je vais enfin pouvoir finir mon livre de compta, et elle, elle rêve d’être élue Miss Camping.

    Tout sauf les vacances de l’an dernier en tout cas ! Finis, les séjours guindés chez Paulo et Lulu, mes amis d’enfance. Je les adore, mais on dira ce qu’on dira, ils sont quand même spéciaux, les avocats. C’est vrai qu’elle est belle, leur nouvelle villa sur la Côte, mais de là à la baptiser « Affaire Karachi » en hommage à leur plus gros client, je trouve cela un peu « too much ». Et tout à l’avenant ! Le premier soir, nos hôtes nous servent un très bel apéritif dans de sublimes flûtes en cristal que ma femme ne manqua pas de remarquer.

    « Ah, ça me fait plaisir que tu apprécies les belles choses, s’enthousiasma Paulo. Ça, c’est le résultat d’une plaidoirie menée de main de maître ! »

    Et là, il est devenu intarissable : les colonnes de marbre de l’affaire Total Fina Elf, la Lamborghini décapotable de Ben Ali, la piscine à remous et débordement du procès Messier, sans oublier les poupées russes du divorce de Nico et Cécilia, et j’en passe !

    Moi je lui ai montré mes espadrilles que j’ai gagnées dans un paquet de corn flakes. Moi aussi je sais détecter les opportunités, non mais !

  • Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement… ou pas

    Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement… ou pas

    Ah ! La fierté d’un père envers sa fille ! Ca c’est quelque chose, non ? J’ai encore en mémoire la première fois que la mienne a fait du vélo sans les petites roues et, quelques semaines plus tard, le jour où elle a prêté serment dans sa robe d’avocat. Un très grand moment cette cérémonie. Et puis surtout, je me suis dit : « chic alors, elle va pouvoir me conseiller gratis ! ». C’est qu’on a du mal à se mettre d’accord avec mes frères sur le cas de tante Eliette. La pauvre n’a plus que 25% de ses capacités intellectuelles, mais toujours 75% de la SCI familiale.

    Dimanche dernier, autour de la blanquette de ma femme, j’ai donc décidé d’entreprendre mon avocate de fille sur la question. Et la prunelle de mes yeux m’a une fois de plus impressionné :

    « On peut envisager un exequatur, mais dans le cas présent je pense qu’il faut opter pour le porte-fort d’un quasi-contrat, relatif à l’alinéa 27 de l’article L-43-10 du Code de Procédure Civile, afin de débouter le demandeur et éviter la forclusion. Pour la famille, comme au regard de la loi, c’est nettement plus déontologique par ailleurs. Il faut à tout pris éviter la licitation ! La jurisprudence est de notre côté, mais avec les jugements en référé, on ne sait jamais ! Ils peuvent initier une ordonnance sur enquête. Ad iura renunciata, non datur regressus… C’est exactement l’affaire du Capitaine du Navire Tropenbourg. Donc, c’est dans la poche mon papounet ! »

    C’est incroyable ce que cette gamine peut être brillante ! J’ai essayé de répondre quelque chose, elle a précisé sa pensée, et, je crois qu’à un moment la discussion nous a échappé car nous avons conclu, par consentement mutuel, que le brushing de Michel Drucker était toujours très réussi.

    ndlr : Toute ressemblance avec un ou une avocate exerçant ou ayant exercé serait parfaitement fortuite.

  • Le couple est un animal déraisonnable

    Le couple est un animal déraisonnable

    Au panthéon des personnes les plus inventives, on trouve : les artistes, les savants fous et les avocats en droit de la famille.

    Mes amis les Fontaine avaient comme folle ambition de réussir leur séparation malgré leurs différends : Brigitte n’ayant d’yeux que pour leur petit Barnabé, Jean, relégué au second plan, passait très peu de temps au foyer conjugal.

    Barnabé, tiraillé entre les regrets de l’un et les remords de l’autre (ou bien était-ce l’inverse ?), en avait même perdu l’appétit. Autant dire que la situation était au paroxysme de l’insupportable !

    Que serait devenu le petit Barnabé, victime de ce déchirement familial, sans l’intervention de maître Capello, spécialiste des causes perdues ? C’est lui qui suggéra que les deux époux s’installent à une distance raisonnable l’un de l’autre, lui qui proposa que Barnabé vive chez Jean trois jours par semaine et chez Brigitte le reste du temps, encore lui qui imposa aux deux anciens amants fougueux un partage équitable des temps de vacances.

    Jean promis de donner un bain à Barnabé régulièrement bien que le petit détestât l’eau, et Brigitte accepta de le laisser aller à l’Atelier « Roue libre » le mercredi.

    Maître Capello rédigea cette clause dans la convention de divorce sous l’appellation « clause hamsteresque ». Avouez qu’ils sont ingénieux, ces avocats !

    De mon côté, je fus contente pour mes amis, mais j’avoue n’avoir jamais compris cette passion pour les hamsters, ces bestioles stupides et malodorantes. Moi j’ai toujours eu des poissons rouges. Au moins avec eux, les débats sont animés et on ne s’ennuie jamais.

  • Cher avocat et avocat cher

    Cher avocat et avocat cher

    Il est des mots de la langue française qui, du fait d’une homophonie parfaite, créent les plus beaux qui pro quo. Pas plus tard que la semaine dernière, je fus entrainée dans un échange sans queue ni tête, sans début ni fin, en un mot sens dessus dessous ! Mon oncle Eugène, dont le fils aîné est entré dans les ordres pour la plus grande fierté de sa mère, tandis que le cadet est entré au barreau (la mère ne s’est pas prononcé sur ce choix), me disait l’autre jour que son fils – sans préciser lequel – montait les enchères tous les dimanches. La communication n’était pas très bonne, peut-être faut-il le préciser pour une meilleure compréhension du dialogue qui suit.

    • Il monte les enchères ? En salle des ventes ou sur internet ?
    • Mais non, il monte en chaire !
    • Mais ce n’est pas un péché ? Pour un prêtre ?
    • Quel prêtre ? Je te parle d’un avocat cher…
    • Casher ? Pour un prêtre ?? Là, je ne comprends plus rien !

    Je vous passe les interminables minutes de ce dialogue de sourd et vous en livre directement l’épilogue. Son fils, le prêtre, qui officie à Thore la Rochette (Loir et Cher), aime effectivement la bonne chère, mais là n’était pas le sujet. Il me parlait en réalité de son fils avocat – mon cher cousin – dont les honoraires sont tout à fait raisonnables. Quand la cousine Berthe l’a consulté pour son histoire de noyaux de quetsches, de dentiste fou et de roulette russe, je peux vous assurer qu’il lui a évité de grosses dépenses, voire pire. Une sordide histoire qui donne la chair de poule…

  • Dentiste, avocat… Entre deux maux, lequel choisir ?

    Dentiste, avocat… Entre deux maux, lequel choisir ?

    La peste ou l’avocat, dentiste ou choléra ? Cette question que vous êtes nombreux à vous poser mérite que l’on s’y attarde avec minutie et délectation. Qui ne s’est jamais fait la réflexion, les maxillaires contractés et la pupille aveuglée par l’intensité de la lampe du dentiste : « Qu’est-ce qui m’a pris de venir consulter ? Cette carie aurait bien fini par se guérir toute seule ! »

    Toute chose étant égale par ailleurs, ma cousine, dont le village entier jalouse la tarte aux quetsches, a l’habitude de répéter, depuis son divorce difficile d’avec un armateur grec du Dodécanèse : « Un avocat ? Malheureux ! Cet arracheur de dent opère sans anesthésie ! »

    Car, tout comme la carie qui va de mal en pis, les problèmes conjugaux de ma cousine auraient certainement pu trouver une issue plus supportable si elle avait consulté plus tôt. Mamie avait pourtant prévenu : « Mollo sur les quetsches, Berthe, tu vas finir par avoir mal aux dents ! ».

    Cet édito n’est pas sponsorisé par l’UFSBD (Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire)